9.3.11

Allons y gaiement


La Gaîté Lyrique
Centre d'arts numériques et de musiques actuelles de Paris

Le 2 mars dernier, la Gaîté Lyrique ouvrait enfin ses portes après quatre années de travaux menés par l'architecte parisienne Manuelle Gautrand. Fermé depuis 1991, le théâtre fut construit en 1862 par Alphonse Cusin (également à l'origine du Théâtre des Gobelins dans le 14 ème arrondissement de Paris, que Renzo Piano transforme en ce moment même en Fondation Pathé). Successivement consacré au théâtre de foire, à l'opéra lyrique et à l'opérette, puis transformé en école de cirque, il fut amputé de sa grande salle en 1989 pour devenir pendant quelques mois la Planète Magique, un parc d'attraction qui ne connaîtra jamais vraiment le succès.
En 2010, c'est le maire de Paris Bertrand Delanoë qui lance sa rénovation. Aujourd'hui, le théâtre est dédié aux arts numériques et aux musiques actuelles (un genre musical bien différent de ce qui résonnait d'habitude dans ses murs...).
La programmation de ce nouveau lieu culturel a été défini par Manuelle Gautrand elle-même. Dans les 9 500 m² disponible, l'architecte a installé deux salles de spectacles, des studios de création, un hall d'exposition de 1 000 m², un auditorium, un centre de ressources et un espaces consacré aux jeux vidéos au succès déjà avéré.

FICHE TECHNIQUE
Maître d'ouvrage : Ville de Paris
Shon : 9 500 m²
Coût : 45 M€

 ON Y VA POUR :

 © MargauxD

1. Boire un café entouré des moulures et des fresques colorées, gardées en l'état ou restaurées, qui tapissent les hauts murs du foyer. (premier étage)
2. Les « éclaireuses » du centre de ressources (tiens tiens, des boîtes...) réalisées par Cassina. (premier étage) 
3. Jouer à Super Mario Bros, sans avoir à se justifier ou à "emprunter" discrètement la Game Boy de son petit cousin... (premier étage)
 

N'hésitez pas à décortiquer régulièrement la programmation de la Gaîté. Même si le lieu est dédié aux musiques actuelles (comprendre électroniques) et que celles-ci ne sont pas forcément votre tasse de thé, de nombreuses conférences ou expositions sauront attirer votre attention (Brian Eno y a donné une conférence le 3 mars par exemple). Réservations sur internet conseillées : méfiez-vous des files d'attentes, la Gaîté est un peu victime de son succès.

Site internet officiel de la Gaîté Lyrique : http://www.gaite-lyrique.net/
la Gaîté Lyrique
3bis rue Papin
75003 Paris


À ÉCOUTER :

Brian Eno - membre du groupe Roxy Music de 1971 à 1973 - a notamment composé le jingle sonore du démarrage de Windows 95.

'95 track by caspas

2.3.11

170 m², qui dit moins ?


C'est une des premières règles du droit apprise sur les bancs de l'école d'architecture : il n'est pas obligatoire d'avoir recours à un architecte pour une construction de moins de 170 m². D'accord. Sauf qu'aujourd'hui, il devient rare pour une agence de réaliser un projet de maison individuelle. Il persiste sans doute une certaine peur du "trop cher" chez les maîtres d'ouvrage privés. Alors comment permettre aux professionnels d'avoir accès à la commande privée sans les stigmatiser comme une "espèce en voie de disparition" ? Effet que pourrait produire une loi protectionniste obligeant le recours à un architecte dès le premier mètre carré construit (notons que c'est justement ce qui fait loi chez nos voisins belges). Pourtant, dans le débat publique c'est aujourd'hui la seule solution entrevue.

En réaction à cette idée stagnante, Bernard Mauplot, le président de l'Ordre des architectes Île-de-France, invite ses confrères (et sûrement quelques politiques) dans une tribune datée du 1er mars 2011, à réfléchir autrement à la réglementation pour « redorer » le blason des architectes face à des privés quelque peu frileux. Car ce n'est pas en éradiquant simplement cette loi que la donne changera. Il faut d'abord, selon lui, faire évoluer les mentalités et « valoriser la compétence des architectes ». Rappelant que la loi du 3 janvier 1977 définit l'architecture d'intérêt publique, Bernard Mauplot insiste sur l'importance du travail de celui qui la produit et précise que cette activité est, elle aussi, au service de la société. Puisque la loi instaure l'architecte comme garant de la qualité architecturale d'un édifice, de sa justesse constructive et de son insertion harmonieuse dans un cadre urbain, pourquoi le priver en partie de cet exercice ? C'est son métier, ce pour quoi il a été formé et son exercice est une nécessité pour la communauté. C'est en faisant bon usage des compétences des architectes que le cadre bâti et la ville s'améliorent.

Par ailleurs, Bernard Mauplot fait mention de différentes incitations qui engageraient alors les ménages à faire appel aux professionnels. « TVA réduite sur les travaux neufs, subvention sur les honoraires, défiscalisation des honoraires » seraient pour lui des moyens pour enrayer cette peur de la dépense qui freine les maîtres d'ouvrage privés. Les chemins pour franchir le seuil des 170 m² ne sont pas encore dessinés mais Bernard Mauplot commence au moins a marquer les sentiers qui mèneront aux solutions.

Tribune téléchargeable sur le site de l'Ordre des architectes d'Île-de-France : http://www.architectes-idf.org/


À ÉCOUTER :

God Save the Queen - Sex Pistols - 1977

The Sex Pistols - God Save The Queen by Goddess Ana

27.2.11

Ben Ali au tapis, Corbu à l'assaut de l'Unesco

Villa Baizeau, Carthage © FLC/ADAGP

C'est l'heure des bonnes nouvelles en Tunisie. Ben Ali au tapis, on fait maintenant l'inventaire des victoires collatérales de la révolution et le bilan est plutôt positif pour l'architecture : la villa Baizeau dessinée par Le Corbusier en 1928 à Carthage retrouve sa liberté. Installée sur la propriété du palais présidentiel, elle était la prisonnière politique du dictateur. Aujourd'hui délivrée, elle peu envisager de faire partie, comme 19 autres réalisations internationales de l'architecte, de la candidature à l'inscription de l'œuvre architecturale de Le Corbusier sur la Liste du patrimoine mondial de L'Unesco. Mais le dossier, renvoyé une première fois en juin 2009 par le Comité du patrimoine mondiale, est-il prêt à accueillir de nouvelles oeuvres ?
Préparé par la France, l'Allemagne, l'Argentine, la Belgique, le Japon et la Suisse avec l'aide de la Fondation Le Corbusier, le dossier est déjà passé de 22 à 19 réalisations suivant les remarques du Comité. Ce qui n'empêche pas les États partis de préciser que cette série peut faire l'objet de demandes complémentaires pour y associer des oeuvres qui, pour diverses raisons, n'auraient pas pu figurer dans ce dossier. La villa Baizeau a-t-elle alors ses chances ? En tout cas,  selon Libération, Ezzeddine Beschaouch, le nouveau ministre de la Culture tunisien, regrette que la peur de l'ancien pouvoir en ait empêché l'inscription.


Les 19 réalisations déjà présentes dans le dossier :
Villa Jeanneret-Perret – Suisse 1912
Maisons La Roche et Jeanneret – France 1923
Petite villa au bord du lac Léman – Suisse 1923
Cité Frugès – France 1924
Maison Guiette – Belgique 1926
Maisons de la Weissenhof-Siedlung – Allemagne 1927
Villa Savoye et loge du jardinier – France 1928
Immeuble Clarté – Suisse 1930
Pavillon suisse à la Cité universitaire – France 1930
Immeuble locatif à la Porte Molitor – France 1931
Unité d'habitation de Marseille – France 1945
Manufacture à Saint-Dié – France 1946
Maison du Docteur Curutchet – Argentine 1949
Chapelle Notre-Dame-du-Haut – France 1950
Maisons Jaoul – France 1951
Cabanon de Le Corbusier – France 1951
Couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette – France 1953
Musée National des Beaux-Arts de l'Occident – Japon 1954
Centre de recréation du corps et de l'esprit de Firminy-Vert – France 1953/1965

À ÉCOUTER :

  
Moriarty chante dans la Chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp - 12 décembre 2010