Bordeaux, c'est un peu comme la caverne d'Ali Baba de l'architecture.
Toutes les semaines, une nouvelle agence (qui a de la bouteille et plutôt de dimension internationale) gagne un concours en terre girondine. Cher confrère, je ne vois qu'une seule solution au fait que vous n'auriez pu le remarquer vous même... vous vivez en ermite et sûrement pas dans une cabane perdue dans les vignes !
Il y a quelques jours, c'est le journal l'Équipe (oui, bon...) qui m'a appris la dernière luxueuse nouvelle en date : Herzog et de Meuron réaliseront le nouveau stade de la ville (livraison prévue pour l'Euro 2016).
Mais qui a écrit cette légende ???
Voici donc un petit tour d'horizon des projets urbains ou architecturaux en cours autour du Port de la Lune (à suivre avec le plus grand intérêt) :
On peut d'ailleurs parier que la plupart de ces projets seront présentés à la cinquième Biennale d'architecture, d'urbanisme et de design de la ville : Agora 2012. À Bordeaux, du 13 au 16 septembre 2012, sous la direction de Marc Barani et avec comme thématique principale le patrimoine. Une occasion toute à fait professionnelle d'aller prendre l'apéro sous le soleil au bord du miroir d'eau...
Dans le documentaire interactif « Et si on vivait dans 1m² ? » d'Isabelle Foucrier et de Nathalie Van Batten, à voir ici, c'est un peu comme dans les histoires du Père Castor. Sauf qu'ici le rongeur à lunettes est remplacé par quatre architectes. Leur dure tâche est d'expliquer à un jeune garçon très inquiet comment sa grande ville surpeuplée et polluée peut évoluer sans qu'il est un jour besoin de porter un masque à oxygène. Et finalement, ce qu'il y a de compliqué pour les architectes, c'est d'utiliser des mots simples. Alors, même si parfois leur façon d'infantiliser Rémi sans famille (et oui, on l'appellera ainsi parce qu'il n'a pas de prénom dans le film) agace, elle a le mérite de rendre audibles leurs projets en sensibilisant le plus grand nombre à l'avenir de la vie urbaine.
En 2050, on sera 9 milliards sur Terre (à l'heure où Rémi approchera de la cinquantaine), et Paris, qui est déjà une des villes les plus dense du monde (20 807 hab/km² à Paris contre 10 292 hab/km² à New York) ne pourra plus offrir les 36 m²/habitant actuels. Didier Faustino, de l'agence Mésarchitecture, imagine alors une unité d'habitation de 1 m² toute en hauteur avec le minimum syndical du confort, c'est à dire une chambre, une salle de bain, une cuisine et même une toiture terrasse. Mais l'architecte souligne qu'il n'est pas question d'y recevoir de la visite, il n'y a pas la place. La ville dense empêcherait-elle alors la vie sociale ? En tout cas, ce projet ne semble pas avoir seulement des limites parcellaires.
Et si les choux poussaient dans des tours ?
Les fameuses « fermes urbaines » de l'agence SOA Architectes sont ici expliquées par Augustin Rosenstiehl. Inspirées de celles imaginées par le Docteur Dickson Despommier pour New York, elles pourraient investir les toits des supermarchés et ainsi concentrer lieux de production et de consommation. Un système de sensibilisation à l'agriculture en France où 50 000 hectares de terres agricoles disparaissent chaque année (soit l'équivalent d'un département tout les dix ans).
Est-ce-qu'on devra porter des masques ?
Pour aider à purifier l'air de nos villes, malmené par la disparition des arbres en centre-ville, Vincent Callebaut propose des bâtiments aspirateurs à pollution, c'est le projet « Anti-smog ». Il s'agit de combler le manque de « transformateurs » de CO² en oxygène par des constructions, forcément vertes, dont la coque capterait les particules de CO² et, sous l'effet du soleil, les décomposerait et les disperserait dans l'air. (Là, la vidéo prend des aires de cours de Sciences Nat, un peu comme si Jamy de C'est pas sorcier s'adressait à Rémi)
Finira-t-on par habiter les océans ?
Puisqu'en 2050, 60% à 70% de la population mondiale habitera le littoral, va-t-on finir par investir la mer pour pouvoir loger tout le monde ? Les propositions de Jacques Rougerie laissent entendre que des extensions sous-marines sont possibles mais toujours dans le respect du milieu marin. Il n'est cependant pas question pour l'architecte d'habiter totalement sous la mer puisque l'homme n'est pas fait pour ça.
« Et si on vivait dans 1m² ? », coproduit par France Télévisions et Narrative. Nouvel épisode dans la catégorie Urbanisme de la collection de documentaires multimédias Portrait d'un nouveau monde de France 5.
ÀÉCOUTER :
Parce que les Strokes ont quand même décidé de vivre sous l'eau - clip de Call Me Back extrait de l'album Angles - 2011 (réalisation Albert Hammond Jr.)
Il ne faut pas lire dans ce titre une quelconque blague de mauvais goût. Pour une fois, nous parlons au premier degré et l'architecture « en carton » dont il est question ici est celle du bien connu Shigeru Ban. L'architecte japonais met en ce moment son savoir-faire en papeterie au service de ses compatriotes, victimes malheureuses d'une série de catastrophes (naturelles ou pas).
Dans les refuges de la région du Tohoku, où le séisme du 11 mars dernier d'une magnitude de 9 sur l'échelle de Richter a fait le plus de dégâts, l'auteur des célèbres « Paper tube structures » prépare le déploiement de dispositifs de partition d'espace en carton. L'installation de modules de 180 cm² permettra d'y améliorer un peu les conditions de vie des milliers de japonais, « réfugiés sismiques » contraints de se regrouper dans de grands gymnases hermétiques où le degré d'intimité frôle le zéro absolu.
Constitués de tubes en carton (servant de mâts et de poutres), de platines en contreplaqué, de cordes pour le contreventement et de draps pour dresser les cloisons, les modules peuvent s'assembler pour former des espaces clos de différentes tailles.
Une solution rapide et à faible coût imaginée par le studio de l'architecte en 2004 à la suite du séisme de Niigata, et qui n'a cessé d'évoluer en fonction des besoins de chaque situation d'urgence.
Cette action a besoin d'un gros « coup de pouce » pour éviter que la haute densité qui contamine ces espaces n'entraîne en plus une détresse émotionnelle chez les réfugiés... Vous pouvez faire des dons directement sur le site de l'agence de Shigeru Ban, ici.
ÀÉCOUTER :
Alone in Kyoto extrait de l'album Talkie Walkie - Air - 2004
Centre d'arts numériques et de musiques actuelles de Paris
Le 2 mars dernier, la Gaîté Lyrique ouvrait enfin ses portes après quatre années de travaux menés par l'architecte parisienne Manuelle Gautrand. Fermé depuis 1991, le théâtre fut construit en 1862 par Alphonse Cusin (également à l'origine du Théâtre des Gobelins dans le 14 ème arrondissement de Paris, que Renzo Piano transforme en ce moment même en Fondation Pathé). Successivement consacré au théâtre de foire, à l'opéra lyrique et à l'opérette, puis transformé en école de cirque, il fut amputé de sa grande salle en 1989 pour devenir pendant quelques mois la Planète Magique, un parc d'attraction qui ne connaîtra jamais vraiment le succès.
En 2010, c'est le maire de Paris Bertrand Delanoë qui lance sa rénovation. Aujourd'hui, le théâtre est dédié aux arts numériques et aux musiques actuelles (un genre musical bien différent de ce qui résonnait d'habitude dans ses murs...).
La programmation de ce nouveau lieu culturel a été défini par Manuelle Gautrand elle-même. Dans les 9 500 m² disponible, l'architecte a installé deux salles de spectacles, des studios de création, un hall d'exposition de 1 000 m², un auditorium, un centre de ressources et un espaces consacré aux jeux vidéos au succès déjà avéré.
1. Boire un café entouré des moulures et des fresques colorées, gardées en l'état ou restaurées, qui tapissent les hauts murs du foyer. (premier étage)
2. Les « éclaireuses »du centre de ressources (tiens tiens, des boîtes...) réalisées par Cassina. (premier étage)
3. Jouer à Super Mario Bros, sans avoir à se justifier ou à "emprunter" discrètement la Game Boy de son petit cousin... (premier étage)
N'hésitez pas à décortiquer régulièrement la programmation de la Gaîté. Même si le lieu est dédié aux musiques actuelles (comprendre électroniques) et que celles-ci ne sont pas forcément votre tasse de thé, de nombreuses conférences ou expositions sauront attirer votre attention (Brian Eno y a donné une conférence le 3 mars par exemple). Réservations sur internet conseillées : méfiez-vous des files d'attentes, la Gaîté est un peu victime de son succès.