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5.4.11

Top Archi


Top Chef, l'émission de compétition culinaire de M6, semble avoir sur moi le même effet que la madeleine sur Proust. Elle me ramène tendrement à mes années fac. Le souvenir ému de ces nuits passées en salle informatique à cliquer et cliquer encore m'enveloppe soudain. La "bonne odeur" des ateliers frigorifiques de l'école d'architecture au lendemain d'une charrette recommence à me titiller les papilles. Je me souviens alors des heures interminables passées en tête à tête avec mon cutter à découper un carton gris dont la poussière m'a toujours fait éternuer. Mais surtout, je me rappelle l'espoir qui me faisait tenir jusqu'au lendemain matin, celui de la délivrance annoncée par une présentation aux enseignants d'une planche d'équerre où les couleurs sortiraient enfin dans la teinte que j'ai choisie.

Pourquoi tant de réminiscences me direz vous? Parce que si je ferme les yeux et que j'écoute les commentaires des chefs Constant, Piège ou Marx, j'entends les professeurs qui m'ont appris le métier d'architecte. 

« La cuisine, ce n'est pas un métier, c'est une vocation, une vie ! »
« La cuisine doit être comme une deuxième femme, un deuxième amour. »

Il suffit alors de remplacer le mot « cuisine » par « architecture » et à l'école d'archi, ça donnerait :

« L'architecture, ce n'est pas un métier, c'est une vocation, une vie ! »
« L'architecture, ce doit être comme une deuxième femme, un deuxième amour. »
(ça vous dit quelque chose ?)
  
Et quand les chefs parlent des « assiettes » des candidats, moi j'entends forcément « projet ».

« Là, il y a de l'engagement dans ton projet. »
« Attention, dans ton projet, il n'y a pas vraiment de prise de risque. »
« Tu nous promets plein de chose, et on ne retrouve rien dans ton projet. »
« C'est quoi l'histoire de ton projet ? » 

Parfois, ce n'est d'ailleurs même pas la peine de changer quelque chose, on peut prendre les phrases tel qu'elles sont : 

« On note un sérieux manque de travail, quand même. »
« J'adhère complètement, tu nous a fait voyager ! » 

À force de divaguer, j'en viens même à imaginer une nouvelle compétition...

Dans le jury de Top Archi, on n'a pas peur des anachronismes.

Top Archi, ce sont 14 jeunes architectes, prêts à tout pour devenir le Top Archi de demain !
Ils ont été sélectionnés à l'issu d'un grand casting national, et n'ont qu'une ambition, celle de devenir le Top Archi 2011. À la clef de ce mois de compétition, un titre prestigieux et un chèque de 100 000 €. Pour les départager, un jury d'exception qu'on ne présente plus. Le Corbusier, Rem Koolhaas, Ludwig Mies van der Rohe et enfin Zaha Hadid. Pour être à la hauteur des attentes des Maîtres, les candidats vont devoir rivaliser de créativité et de technique autour d'épreuves inédites et époustouflantes. Ils vont revisiter les classiques de l'architecture et démontrer qu'avec de simples outils du quotidien on peut réaliser de véritables bâtiments d'exception. Ils devront convaincre des jurés d'exception, leurs familles, leurs amis et leurs confrères, tous particulièrement exigeants et surprenants. Cette année, ces 14 espoirs de l'architecture française sont prêts à relever tous les défis. L'architecte préféré des français, Jean Nouvel, sera également à leurs côtés pour leur transmettre son expérience.
Exigence et passion sont les maîtres mots de cette première édition de Top Archi, le plus grand concours d'architectes de France. Mieux que le Wilmotte ou l'Europan, plus prestigieux que le Pritzker Prize. Cette année, le gagnant devra être créatif, technique et devra surtout donner de l'émotion. Top Archi 2011, présenté par Stéphane Rotenberg et Agathe Lecaron bientôt sur M6.

Dans Top Archi :
- on ne dira pas « Oui Chef » en s'adressant aux jurés, mais « Oui Maître ».
- les épreuves seront plus stressantes, inventives, acrobatiques et dangereuses les unes que les autres (oui, parce que dans la précipitation, les candidats se couperont avec leur cutter et mettront un demi gant en latex pour ne pas tâcher le Cadapac® immaculé de leur maquette).
- les candidats auront trois heures pour copier cette maquette en lego de la Maison de la cascade sans avoir les plans du bâtiment.
- les candidats devront réhabiliter un EHPAD en 24 heures, en concertation avec ses occupants.
- il y aura des épreuves de la dernière chance où les candidats devront réaliser en une heure les plans, les coupes, les élévations et la maquette d'un immeuble de trente logements.

Finalement, devant Top Chef il n'y a qu'une seule chose qui me ramène à mon écran de télévision : j'ai quand même un peu de mal à imaginer des architectes dire d'un projet qu'il est « gourmand ».


À ÉCOUTER :

Il faut une bonne musique pour accompagner les candidats de Top Archi.

22.3.11

J'ai cassé la tasse de M. De Smedt

Tout ça partait d'une bonne intention... Enfin, une intention de groupie. Un peu.
Quand une amie vous annonce que dans la rue même où vous vous trouvez, le père de Julien De Smedt tient une petite librairie, l'envie de voir celui sans qui un des meilleurs architectes du moment n'existerait pas vous démange non ? (groupie je vous dit !)

 © MargauxD
  
Et bien l'endroit vaut le détour. On se croirait presque dans un maquette au dixième de Manhattan où les gratte-ciel ne sont pas faits en Cadapac® mais en livres. Des tours de pages aux fondations douteuses colonisent l'espace. Sauf qu'ici, pas de Central Park pour respirer un peu... Le seul vide, c'est le seuil de la porte et ce n'est même pas la peine d'essayer de déambuler dans les rayons, parce qu'il n'y en a pas. Alors, on reste planté là et on essaie de déchiffrer tant bien que mal les tranches des bouquins...

En désespoir de cause et pour lancer la conversation avec celui qu'on est venu voir finalement, on ose une question au libraire, absorbé par le paiement d'une contravention : « Vous avez un coin particulier pour les livres d'architecture ? » (bon d'accord, c'était une question un peu orientée, pour lancer la conversation et arriver à nos fins quoi...) « C'est plutôt ici mademoiselle... (dit-il en désignant le Rockefeller Center et l'Empire State Building bancales juste à côté de nous) Vous êtes architecte ? » OOOOUUUAIII ! Un bon client comme on dit chez les journalistes !

On répond poliment que oui, et voilà le gentil monsieur lancé qui enchaîne : « Mon fils aussi est architecte... JDS ça vous dit quelque chose ? » et hop, à nous de faire semblant de réfléchir : « hum, JDS, JDS ? Ah oui, Julien de Smedt ! Non c'est pas vrai ? » (c'est là que la groupie est démasquée)
Et dans l'élan, alors que le libraire vous tend un petit bouquin à la gloire du fiston, on se retourne et… BOUUUMMM ! Là, gisants au sol, les restes d'une tasse littéralement explosée, victime malheureuse d'un coup de sac trop violent pour sa petite taille... « Oups, je suis vraiment désolée monsieur ! » Déconfite, on est à deux doigts de révéler que ce genre de catastrophe arrive bien trop souvent à celle dont le slogan « les deux mains gauches » serait presque devenu un mantra. 

Rouge comme une tomate, le regard cherchant désespérément un Flatiron Building pour se cacher on finit par se dire qu'après ça, il y a peu de chance que la conversation continue. Alors on dit au revoir au gentil monsieur refroidi en se promettant que demain, on lui ramènera un joli petit mug I love New-York, et qu'en plus on lui achètera le beau El Croquis qu'on a quand même réussi à repérer.


Si vous avez vous aussi une âme de groupie...
Librairie ALIAS
21, rue Boulard
75014 PARIS


À ÉCOUTER :

Lemon Tree (pour le bruit de verre cassé au début de la chanson) - Fools Garden - 1995

Lemon Tree by walkonthemoon